• Aménagement paysager comestible

L’aménagement comestible, ornemental et facile d’entretien

Guillaume Pelland
11 mars 2026
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On crée maintenant des aménagements beaux et bons qui donnent un maximum de récoltes, année après année, avec un minimum d'entretien.
Depuis 2013, Paysage gourmand est dédié au développement de cette nouvelle branche de l'horticulture, inspirée par la permaculture, ce concept qui fusionne les mots agriculture et permanence. L'équipe a créé plus de 300 paysages nourriciers tout en offrant les services de pépinière spécialisée et certifiée biologique au grand public et aux entreprises partageant ses ambitions. Pour refléter les tendances actuelles en matière d'horticulture gourmande, le présent article met en lumière les réalités du terrain.

Les types d'aménagement et leurs adeptes

L'aménagement comestible et ornemental implique le respect des principes de fonctionnalité et d'esthétisme qui sont déjà à la base d'un design réussi. On y ajoute ensuite un volet productif, principalement par la sélection de plantes vivaces comestibles attrayantes et résilientes.

Dans la centaine de projets concrétisés lors des trois dernières années, 91 % des demandes de plans d'aménagement comestible proviennent du milieu résidentiel, 6 % des municipalités et 3 % des écoles, commerces et maisons pour des clientèles spécifiques.

Résidentiel

En matière d'aménagements nourriciers résidentiels, le défi consiste à créer des paysages entièrement constitués de vivaces comestibles affichant une prestance prolongée, du printemps à l'automne. Analysons les caractéristiques et les tendances qui se démarquent dans les différents projets effectués du côté de Paysage gourmand.

D'abord, mentionnons qu'une clientèle souvent jeune rêve davantage d'autonomie alimentaire en investissant dans un aménagement comestible permettant la récolte de produits frais et biologiques. Elle ne veut pas que la santé des plantes dépende d'une présence constante en raison de leur mode de vie plus actif. Ce segment de clientèle commande des plans d'aménagement facile d'entretien souvent réalisés de façon autonome ou en accompagnement sur plus d'une année, en fonction de leur budget et disponibilité. Certains souhaitent également impliquer leurs enfants tout en leur transmettant des valeurs écologiques.

Un autre profil de clientèle se dessine, constitué de personnes davantage attirées par la qualité, la personnalisation, le contact humain, l'esthétisme et la facilité d'entretien de ce type d'aménagement. Il s'agit majoritairement de personnes plus âgées, dont bon nombre sont retraitées ou en voie de l'être, propriétaires d'une maison sans hypothèque. Leurs moyens financiers leur permettent d'accéder à leur rêve au moyen du service clés en main.

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Jeune haie de pommiers colonnaires en fruit entouré de fleurs
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Le chou maritime bleuté d'orpins des rochers, lumineux

Voici quelques données qui nous en disent plus sur
les caractéristiques des projets effectués dans les dernières années.

  • Alors que la majorité de la clientèle (57%) a opté pour
    un plan d'aménagement couvrant l'ensemble de la
    propriété, 21 % souhaitait se limiter à la cour arrière, et
    22 % à la façade avant. Ainsi, les plantes comestibles
    embellissent tout autant les espaces donnant sur la
    voie publique que les espaces plus intimes.
  • On a créé de nouvelles plates-bandes dans plus de
    90 % des projets, l'autre 10 % impliquant seulement un
    réaménagement de l'existant. Parmi tous ces projets,
    on a prévu des espaces potagers en cour arrière dans
    environ 10 % des cas, végétalisé en bande riveraine
    règlementée pour 7% des clients, et planifié un verger pour 3 % des projets.
  • De façon générale, les clients de l'aménagement comestible chez soi sont bien informés sur le plan de la nutrition et de l'écologie, et privilégient la qualité et la durabilité. On leur a demandé leur priorité parmi les trois objectifs principaux : esthétisme, productivité ou facilité d'entretien, avec l'option de choisir toutes ces réponses à la fois. Alors que la majorité souhaite l'ensemble de ces bienfaits, sans préférence (55 %), les autres accordent une plus grande importance à l'esthétisme (17 %), à égalité avec l'optimisation des récoltes (17 %), suivis de ceux qui mettent l'accent su la facilité d'entretien (11 %).
  • Pour l'implantation, alors que 75 % des clients se prévalaient du service clés en main, 25 % ont choisi de le compléter de façon autonome, surtout en raison de contraintes financières ou pour exercer leur pouce vert.
  • Le développement d'un aménagement paysager implique des frais plus ou moins élevés selon la nature et l'ampleur des travaux, allant de 1 000 $ à plus de 3 000 $ pour le plan, alors que les coûts d'une réalisation clés en main varient généralement entre 10 $ et 25 $ le pied carré végétalisé, un coût tout de même nettement moins élevé que celui d'une surface minéralisée, surtout que les plantes comestibles offrent un retour tangible sur l'investissement.
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Les jardins démonstratifs entourés de collines pittoresques

Secteur municipal et institutionnel (et autres organisations)

Les porteurs de projets non domiciliaires, souvent d'envergure, démontrent des talents de mobilisateur. Visionnaires, ces adeptes du développement durable, à l'emploi d'une petite municipalité, d'une entreprise ou d'une institution, comme une maison d'hébergement pour personnes aînées, femmes, ou personnes en situation d'itinérance, désirent rassembler autour d'un projet structurant capable d'améliorer la qualité de vie pour la communauté.

Ils font confiance aux spécialistes quant au choix des plantes nourricières, demandant de plus en plus d'exclure les plantes épineuses et les fruits ou noix qui pourraient servir de projectiles. On affiche souvent le plan d'aménagement dans un parc et on développe du matériel didactique, parfois même de l'animation à saveur éducative, afin que les citoyennes et les citoyens puissent profiter pleinement des retombées. Le succès à long terme de tels projets dépend parfois de bénévoles qui se mobilisent. Il importe d'encourager leur participation autant que possible.

Tendances agropaysagères

Entretien minimal

Un entretien simplifié, efficace et écologique dépend d'une conception et d'un choix
des plantes judicieux, mais aussi d'une économie de ressources, d'une bonne préparation initiale du sol et de l'apport de matériaux locaux et renouvelables. Face au vieillissement de la population, et parce qu'il importe de dégager du temps pour le partage et la conservation des fruits du labeur, voici les tendances à suivre découlant des bonnes pratiques en agriculture écologique.

  • Implantation avec le sol existant, amendé naturellement.
  • Travail du sol minimal : décompaction initiale suivie de non-compaction.
  • Paillage permanent avec copeaux de bois raméal fragmenté avec apports réguliers et régressifs.

Or bleu

En réponse aux canicules sèches récurrentes, le besoin d'économiser l'eau s'impose de plus en plus, renforcé par les restrictions d'arrosage, surtout des pelouses, sans parler de l'incitatif financier lié aux compteurs d'eau. L'utilisation d'un système d'irrigation automatique comporte souvent des risques et peut entraîner le
gaspillage de cette ressource précieuse. C'est par une conception bien réfléchie qu'on peut récolter sans arroser, pour un gain de temps et de liberté, en plus de prévenir le drame advenant une pénurie d'eau.

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Le sceau de Salomon cotoie l'aspérule odorante en sous-bois

Diversité

L'industrialisation de l'agriculture a mené au déclin de la biodiversité. En observant
l'efficacité, la productivité, la résilience et de l'intelligence naturelle des écosystèmes, on adopte une approche qui stimule l'activité biologique du sol, sans pesticides, dans le respect du vivant. La clientèle, peu interventionniste, préfère miser sur des stratégies préventives plutôt que curatives. Il s'agit entre autres de créer un contexte qui attire et retient une multitude d'insectes, bénéfiques en majorité. Des floraisons variées et successives assurent leur présence de saison en saison pour un équilibre défavorable aux nuisibles. Ces fleurs chargées d'arômes ou de nectar contribuent aussi à la diversité alimentaire, alors que de plus en plus de Québécois privilégient la fraîcheur et la qualité d'une alimentation végétale, biologique et locale.

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Chemin bordant l'étang à la pépinière

Reduction du gazon

Plusieurs souhaitent transformer des espaces de pelouse en jardins d'éden, de charme et de délices en raison des gazons moins verts avec nos étés brûlants, vulnérables aux insectes nuisibles, dont les scarabées qui y pondent. Et avec son rendement mitigé à l'ombre, ses portes sont grandes ouvertes pour les plantes comestibles de faible ensoleillement, toujours prisées.

Les axes de circulation bordés de plates-bandes peuvent être paillés. On peut aussi  créer des pelouses écologiques avec les trèfles et microtrèfles rampants, ou les thyms serpolets qui font tourner les têtes, le temps d'une floraison. Selon la variété
choisie, ils nécessitent peu ou pas de tonte et tolèrent le piétinement. Là où le piétinement n'est qu'occasionnel, les coloris des orpins couvre-sols traversent les sécheresses. Toutes ces pelouses écologiques s'avèrent peu gourmandes en eau comme en nutriments.

Les plantes comestibles

Suivant ces tendances, voici les idées à considérer pour choisir les plantes d'un aménagement productif, ornemental et facile d'entretien.

  • Une vaste palette de couleurs et de textures et de formes permet de créer des harmonies et des contrastes jusque dans l'assiette.
  • Les vivaces, moins éphémères, demandent moins d'eau que les annuelles en général
  • Certaines espèces et variétés résistent mieux aux maladies, aux insectes et à la sécheresse.
  • De nombreuses plantes compagnes améliorent la santé du jardin. De leur côté, les plantes aromatiques et répulsives limitent les ravages. Les fixatrices d'azote contribuent quant à elles à la croissance des plantes.
  • Plus il y a de familles botaniques, plus on attire une harmonie d'oiseaux, de pollinisateurs et d'insectes utiles.
  • Les récoltes successives fournissent des aliments frais du printemps à l'automne en répartissant la charge de travail.
  • Certaines plantes produisent dans les premières années, d'autres
    invitent à la patience.
  • La pollinisation des fruitiers requiert souvent deux spécimens d'une même espèce, alors que les variétés autofécondes offrent simplicité et diversité.
  • Plusieurs plantes expansives envahissent à défaut d'être contrôlées. Plusieurs y voient plutôt l'occasion de récolter. Certaines annuelles qui se ressèment peuvent s'avérer utiles, surtout pour les initiés.
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En fleurs, pommetier pleureur, cognassier et bleuetier nain, avec ail décoratif en accompagnement

En vedette

Voici les espèces de plantes vivaces présentes en plus grand nombre dans les plans conçus par Paysage gourmand et leur proportion dans chacune des catégories suivantes :
  • Arbres : pommier colonnaire et pommetier colonnaire (23 %), prunier (11 %), poirier (10 %), cerisier (6 %), abricotier (5 %), amélanchier (5 %), asiminier trilobé (4 %), autres (36 %)

Les arbres au port colonnaire prennent place un peu partout, démocratisant et urbanisant la pomiculture. Les pruniers au feuillage rougeâtre égayent les devantures.

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      Plus de 150 pommes non traitées ont été récoltées

      • Arbustes : framboisier (13 %), gadelier (9 %), camérisier (9 %), aronie (8 %), bleuetier (6 %), amélanchier (4 %), argousier (4 %), autres (47 %).

      Les framboisiers sans épines s'alignent en haies, les gadeliers vitaminisent les coins qui manquent de soleil, les camerises hâtives sont habilement camouflées, en raison de leur feuillage maladif, derrière des aronies naines antioxydantes.

      • Grimpantes : kiwi arctique (37 %), épinard du Caucase (23 %), vigne de raisins (10 %), baie aux cinq saveurs (9 %), autres (21 %).

      Le kiwi arctique séduit avec son feuillage estival coloré de rose et de blanc et des fruits sucrés à mi-ombre. L'épinard du Caucase se substitue à un légume annuel commun, mais difficile à cultiver.

      • Herbacées de plus de 30 cm alliacée variée (27 %), échinacée (8 %), roquette vivace (7 %), hémérocalle (5 %), achillée (4 %). chou maritime (3 %), aralie à grappes (3 %), agastache (3 %), autres (40 %).

      Les alliacées, répulsives, protègent les plantes autour et préviennent les maladies fongiques en dégageant du souffre volatil, tout en attirant les pollinisateurs et les papillons. Elles entrent de plus dans la cuisine de tous les jours. L'ail penché, la ciboule et l'oignon égyptien en font partie. Les échinacées florifères devancent de peu la roquette au goût relevé et les hémérocalles (poireaux d'Amérique) qu'on dirait immortelles.

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      La ciboulette à l'ail, répulsive, toujours verte, jamais ravagée

      • Couvre-sols de moins de 30 cm : thym (22%), aspérule odorantes (10%), fraisier alpin (7%), violette odorante (6%), œillet (6%), orpins variés (6%), bugle rampant (5%), fraisier cultivé (4%), autres (34%).

      Les thyms robustes et odorants prennent le relais des pelouses sèches. L'aspérule odorante, vanillée, parcoure l'ombre que les fleurs illuminent. Le fraisier alpin, non expansif, offre ses fruits en continu.

      Du côté des ventes en ligne ou sur place, à la pépinière, dans Lanaudière en zone de rusticité 4, on remarque :

      • L'asiminier trilobé (Pawpaw) (36% des arbres vendus) aux fruits qui se dégustent comme une pâtisserie exotique, malgré un élan populaire freiné par un manque de rusticité nordique.
      • L'asperge grimpante (12% des grimpantes), vaporeuse, unique, nouvellement offerte.
      • Le chou maritime (10% des herbacées hautes), si utile en cuisine remplace avantageusement le kale, avec ses feuilles bleutées, ainsi que le brocoli avec ses fleurs qui sentent le miel.
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      Culture verticale en colonne à la pépinière

      Innover et collaborer

      La politique bioalimentaire du Québec 2025-2035 nous invite à miser sur l'innovation et la collaboration pour s'adapter plus vite, anticiper les risques et aller au-devant des changements économiques, climatiques, démographiques et technologiques qui s'accélèrent. Devant le manque d'accès aux terres agricoles, l'horticulture ornementale, environnementale et nourricière a fait tomber les frontières du comestible en croquant le paysage. Certains ont craqué le bitume pour développer l'agriculture urbaine, puis imaginé des jardins verticaux pour qu'il y en ait pour tout le monde. D'autres ont mis sur pied des programmes éducatifs et transformé les cours d'écoles en laboratoires biologiques pour que des jeunes en santé puissent cultiver leur conscience environnementale et en ramener un morceau à leurs parents. L'horticulture pousse dans la bonne direction et la croissance de sa branche nourricière est vigoureuse et en santé.